J'avais froid. Très froid. Un froid mordant. C'était comme si des milliers de poignards rentraient dans ma peau. Le vent maritime me fouettait le visage. Et j'avais faim. Le ciel était noir comme de l'encre, des milliers d'étoiles le parsemaient, et la lune était pleine.
Je relevais mon chandail pour choisir une veine et j'enfonçai l'aiguille à l'intérieur de celle-ci, appuyant sur le piston qui déversa la substance miracle. La douleur fut brève, aigue ; très supportable, elle ne dura qu'une seconde.
Au bout de quelques minutes, tous mes muscles se relâchèrent et mon corps se détendit. Je me sentais bien, de mieux en mieux, apaisée. Légère, de plus en plus légère. Je flottais presque dans les airs. Mes pupilles se dilatèrent et mon c½ur se mit à battre plus fort.
Bientôt, ma vision devint floue, de plus en plus floue et mes yeux se fermèrent. Je ressentis soudain un plaisir intense, démesurément intense, le « flash », quel bonheur... ! Je m'évadais peu à peu et le décor autour de moi se mit à tourner. J'étais partie, complètement partie. Le voyage commençait et je me sentais emportée à toute vitesse ; je ne contrôlai plus rien, mais c'était merveilleux.
Lorsque je rouvris les yeux, je fus aveuglé par une lumière et ébloui par le paysage. Le sable doré...le ciel noir....la lune argentée... Toutes ces couleurs me faisaient mal aux yeux mais me fascinaient. Tout était
beau! Tout était si
beau! Je me souviens avoir contemplé ma main pendant des heures tellement c'était magnifique...Chaque ongle, chaque doigt, chaque sillon, chaque ligne, chaque pore de ma peau...je n'avais jamais rien vu d'aussi beau ! J'étais dans un autre monde, loin de tous ces soucis qui me rongeaient l'esprit, loin de
tout. Je ne sentais plus ni le froid, ni la faim, ni
ton absence. Juste du plaisir, rien que du plaisir qui coulait dans mes veines. Et cet incroyable sentiment de toute puissance. Mes problèmes n'avaient plus d'importance.
Tu n'avais plus d'importance, j'étais bien, j'étais loin de tout, à des milliers de kilomètres, à des milliers d'années lumières de toi.
Je me levai et me mis à marcher sur le sable. La sensation était indescriptible. Je pouvais sentir la caresse de
chaque grain contre ma peau. Je pouvais entendre les bruits à des kilomètres à la ronde. Je pouvais entendre le clapotis de
chaque vague. Mes sens étaient décuplés. Peu à peu, je m'aperçus que je ne marchais plus, je flottais. J'étais si légère... De plus en plus haut. Je planais, je planais au dessus de tout. Le temps semblait s'être accéléré. J'étais entrainé dans un tourbillon, un tourbillon de folie... Je volais, je ne sais pas comment mais
je volais. Je riais aussi, je crois. Je pouvais voir le sable fin, je pouvais voir la mer s'écraser sur les rochers, je pouvais distinguer chaque irrégularité, chaque cratère, chaque fissure de la lune...Je pouvais sentir l'odeur de la mer, l'odeur du ciel et celle des étoiles. J'étais sur la plage et l'instant d'après j'étais dans une autre galaxie, j'étais
ici et
ailleurs en même temps, j'étais ici et là bas, j'étais partout et nulle part. J'étais loin de tout et surtout
loin de toi, et je volais, je volais, je volais au dessus des étoiles, au dessus des nuages, au dessus du monde entier, au dessus de l'univers...et je riais, et je riais...c'était si bon.... Mieux que
tout, mieux que
toi, mieux que le
paradis, mieux que
tes mains sur
mon corps, mieux que
tes lèvres sur les
miennes, mieux qu'un
orgasme... c'était mieux que
tout. J'étais sur une étoile filante, j'étais sur le dos d'un cheval lancé au triple galop, j'étais sur la lune, j'étais au sommet du mont Everest..., j'étais plus rapide que la lumière...plus rapide que le son... j'étais ailleurs. Loin de tout. Loin de
toi. Loin de ce monde où le bonheur est éphémère, loin de ce monde rempli de misère.
Merveilleux. Grandiose. Magnifique. Sublime. Magique. Tout simplement indescriptible.
Mais l'effet de la drogue a fini par se dissiper...Vite...
Trop vite... Et l'illusion a laissé place à la réalité. Dure. Froide. Glacée. Le bien-être a disparu, avec le sable dorée, l'étoile filante et le cheval sur lequel j'étais.
Tout a disparu. Et le froid et la faim sont revenus. C'était une
illusion. La drogue n'engendre que des
illusions. Celle d'aller bien, celle d'être heureuse, sans soucis, une illusion dans laquelle je ne souffre pas... La drogue crée un monde artificiel, illusoire. Et je le sais bien... L'autre galaxie dans laquelle j'étais n'existe déjà plus...Pas plus que l'émerveillement que j'ai ressenti en contemplant ma main. La drogue n'est qu'une illusion, ne vous laissez jamais entrainer...
Pour moi c'est trop tard. Je ne peux déjà plus m'en passer. Et je me sens si misérable... Pourtant quand j'y pense, j'en rêve encore de ce voyage...j'ai
des étoiles dans les yeux et un sourire béat sur les lèvres...
Fiction, bien sûr